Publié : 30 octobre 2026
Vérifié et relu par Royking Niba, Relecteur éditorial, JOGOO Agriculture

La culture du concombre au Sénégal reste une production d’appoint dans un secteur horticole dominé par l’oignon, le chou et la pomme de terre. Elle a pourtant des atouts : un cycle court, une demande urbaine réelle sur les marchés de Dakar et une zone des Niayes qui assure près de 80 % de la production horticole du pays. Les repères à retenir : une saison maraîchère qui court de novembre à avril dans les Niayes, un cycle de 105 à 130 jours en climat aride selon la FAO, et des variétés comme Tokyo et White Wonder évaluées à Ziguinchor. Les chiffres de ce guide viennent de travaux sénégalais quand ils existent, sinon de références citées en fin d’article.

Le concombre dans l’horticulture sénégalaise

L’essai de l’Université Assane Seck de Ziguinchor sur quatre variétés de concombre part d’un constat simple : la production de concombre au Sénégal est faible. Le concombre ne figure pas parmi les principales cultures maraîchères des Niayes, que l’étude de Lo et al. (2025) classe dans l’ordre suivant : oignon, chou, pomme de terre, tomate industrielle et tomate cerise. Il n’apparaît pas non plus parmi les grands produits d’exportation cités pour 2017, année où le pays a exporté 106 200 tonnes de fruits et légumes, surtout du haricot vert, du melon, de la tomate cerise et du maïs doux (Ecofin, repris par HortiDaily).

Il a pourtant son marché. Dans l’enquête de Diop et al. (2019) auprès de 44 vendeurs de deux marchés de Pikine et de Cambérène, approvisionnés par la Grande Niaye de Pikine, le concombre fait partie des légumes vendus, derrière la laitue, la tomate, le piment et l’aubergine. C’est donc d’abord une culture pour le marché intérieur, en particulier la région de Dakar.

Où pratiquer la culture du concombre au Sénégal ?

Les Niayes

La bande côtière des Niayes, entre Dakar et Saint-Louis, concentre plus de 80 % des cultures maraîchères du pays (Lo et al., 2025). Ndiaye et al. (2024) estiment qu’elle fournit près de 80 % de la production horticole nationale, évaluée à 886 930 tonnes en 2015. Son principal atout pour le concombre est la proximité du marché dakarois. Ses contraintes : la perte de terres agricoles face à l’urbanisation et l’irrégularité des pluies, décrites par Ndiaye et al., ainsi que la qualité de l’eau, à vérifier parcelle par parcelle.

La vallée du fleuve Sénégal et le bassin arachidier

Nous n’avons pas trouvé de données publiées propres au concombre dans la vallée du fleuve ni dans le centre du pays. Les références de la FAO pour les zones arides s’y appliquent : un semis de novembre ou de février donne un cycle d’environ 130 jours, un semis de juin ou d’août un cycle d’environ 105 jours. La chaleur de fin de saison sèche est le principal frein : la croissance du concombre ralentit au-dessus de 35 °C (Penn State).

La Casamance

Plus humide, la Casamance a accueilli l’essai variétal de l’Université Assane Seck à Ziguinchor. La culture y est possible, avec une vigilance accrue vis-à-vis des maladies du feuillage en saison des pluies.

Calendrier cultural du concombre au Sénégal

Dans les Niayes, la saison humide va de juillet à octobre et la saison sèche de novembre à juin (Faye et al., 1995). Le maraîchage est le plus actif de novembre à avril environ, et l’irrigation court de novembre à mai ou juin (Ndiaye et al., 2024). Pour le concombre, les stades et durées publiés par la FAO pour les régions arides donnent le cadre suivant :

Stade Semis de novembre ou février Semis de juin ou août Coefficient cultural (Kc)
Installation 25 jours 20 jours 0,6
Croissance 35 jours 30 jours de 0,6 à 1,00
Pleine production 50 jours 40 jours 1,00, voire 1,15 si palissé haut
Fin de récolte 20 jours 15 jours 0,75
Cycle total 130 jours 105 jours

En pratique, deux fenêtres se dégagent dans les Niayes : un semis de début de saison sèche (novembre), qui produit pendant la période la plus fraîche, et un semis de février, qui récolte avant les fortes chaleurs. Les semis d’hivernage restent possibles, mais exposent davantage la culture au mildiou ; une serre ou un tunnel ventilé les sécurise.

Variétés de concombre testées au Sénégal

L’essai de l’Université Assane Seck de Ziguinchor a comparé deux concombres cultivés et deux types sauvages de Cucumis metuliferus (un comestible, un amer) :

En dehors de ces résultats, choisissez parmi les variétés disponibles chez les distributeurs agréés et demandez conseil à l’ISRA ou au CDH. Sous serre fermée, préférez des variétés parthénocarpiques, qui nouent sans abeilles.

Eau, sol et salinité

Dans les Niayes, l’eau vient de puits, de céanes ou de forages. Avant tout projet, faites analyser sa salinité. Selon le bulletin FAO n° 29, le concombre ne perd pas de rendement tant que la conductivité de l’eau d’irrigation reste sous 1,7 dS/m ; au-delà, les pertes atteignent 10 % à 2,2 dS/m, 25 % à 2,9 dS/m et 50 % à 4,2 dS/m. La même source signale des brûlures du feuillage quand on arrose par aspersion une eau contenant 10 à 20 meq/l de sodium ou de chlorure : sur eau un peu salée, le goutte à goutte s’impose.

Le goutte à goutte est aussi le meilleur outil d’économie d’eau en climat sahélien. À Niamey (Niger), Hama et al. (2018) ont mesuré environ 224 mm d’eau apportée en goutte à goutte, contre environ 700 mm en aspersion et 760 mm en irrigation traditionnelle, pour une même culture de concombre. Les auteurs notent un rendement plus faible en goutte à goutte, qu’ils attribuent aux vers de terre sur les semences et au stress thermique des jeunes plants : protégez la levée, au besoin avec un ombrage léger. Pour le pompage, notre article Pompe solaire ou motopompe, écrit pour l’oignon des Niayes, s’applique aussi au concombre.

Le concombre préfère un sol meuble, bien drainé et riche en matière organique, avec un pH de 5,5 à 6,8 (Université d’Abomey-Calavi). Sur les sols légers, la matière organique de fond est indispensable pour retenir l’eau et les éléments nutritifs.

Semis, densité et palissage

Semez en poquets de 2 graines (Université d’Abomey-Calavi), à 2,5 à 4 cm de profondeur selon la saison (Mississippi State). Pour la densité, deux schémas courants : 80 cm entre lignes et 50 cm sur la ligne (25 000 plants/ha), ou des lignes jumelées à 1 m entre paires (26 666 plants/ha). En palissage serré, l’Université d’Hawaï a conduit jusqu’à 35 880 plants/ha.

Le palissage augmente le rendement commercialisable d’environ 60 % : 63,5 t/ha de fruits commercialisables palissés contre 39,7 t/ha au sol dans l’essai de l’Université d’Hawaï aux Samoa américaines. Prévoyez des piquets solides et des rangs bien haubanés.

Fertilisation

Aucun programme de fumure publié pour la culture du concombre au Sénégal n’a été trouvé. Les références disponibles donnent les ordres de grandeur :

Sur sols sableux, fractionnez les apports minéraux pour limiter les pertes par lessivage : la fertirrigation au goutte à goutte permet de les apporter chaque semaine avec l’eau.

Pollinisation, ravageurs et maladies

En plein champ, le concombre a besoin des abeilles. Mississippi State et l’Université du Kentucky recommandent une ruche par acre, soit environ 2,5 ruches par hectare. Au Cameroun, l’essai de Ngaoundéré a estimé la contribution de l’abeille domestique à 86,81 % du taux de fructification (Mohamadou et al., 2025). Aucun insecticide pendant les heures de butinage.

Faute d’enquête sénégalaise publiée sur les ravageurs du concombre, appuyez-vous sur les références régionales : chrysomèles défoliatrices avant la floraison, pyrales foreuses (Diaphania spp.) pendant la fructification, mouches des fruits (Bactrocera spp.), pucerons et aleurodes (Ouali N’Goran et al., 2019, Côte d’Ivoire). La fiche béninoise ajoute les acariens, les mineuses et les nématodes à galles, contre lesquels elle conseille rotation, solarisation, fumure organique et tourteau de neem.

Côté maladies, la saison sèche limite le mildiou, qui a besoin de feuillage mouillé (OMAFRA). L’oïdium, en revanche, profite des rosées, des plantations denses et du manque de lumière (guide du Pacifique Nord-Ouest) : aérez la culture, choisissez des variétés résistantes et alternez les familles de fongicides homologués au Sénégal. Respectez toujours la dose, les délais avant récolte et le port d’équipements de protection.

Récolte et commercialisation

La première récolte arrive environ 6 semaines après le semis (Université d’Abomey-Calavi), puis la cueillette se fait tous les 2 à 5 jours. Un concombre de table se récolte à 15 à 20 cm de long et 3 à 5 cm de diamètre (Penn State). Il se conserve 10 à 14 jours vers 13 °C et 95 % d’humidité ; sous 10 °C, il subit des dégâts de froid (Penn State, Mississippi State).

Nous n’avons pas trouvé de relevés de prix du concombre datés et vérifiables pour les marchés sénégalais. La proximité joue un rôle clé : dans l’enquête de Pikine, 98 % des vendeurs citent la proximité de la Niaye comme principal avantage de leur approvisionnement (Diop et al., 2019). Un producteur des Niayes a donc intérêt à livrer frais, souvent, et à échelonner ses semis pour éviter d’arriver en même temps que tout le monde en pleine saison.

À qui s’adresser au Sénégal

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Questions fréquentes

Quand planter le concombre au Sénégal ?

Dans les Niayes, semez en début de saison sèche, vers novembre, ou en février pour récolter avant les fortes chaleurs. La FAO compte environ 130 jours de cycle pour ces semis en zone aride. En hivernage, préférez la culture sous abri.

Quelles variétés de concombre ont été testées au Sénégal ?

À Ziguinchor, l’Université Assane Seck a évalué Tokyo, à floraison précoce, et White Wonder, qui a donné les fruits les plus lourds (468 g en moyenne) et 96 % de germination.

Quelle eau pour irriguer le concombre ?

Une eau peu salée : selon la FAO, le rendement baisse au-delà de 1,7 dS/m de conductivité et chute de moitié à 4,2 dS/m. Faites analyser l’eau du puits ou du forage avant de planter.

Combien d’eau consomme le concombre en goutte à goutte ?

À Niamey, environ 224 mm d’eau ont été apportés en goutte à goutte, soit environ trois fois moins qu’en aspersion ou en irrigation traditionnelle. Les besoins réels dépendent de l’évapotranspiration locale.

Quelle densité de semis pour le concombre ?

Environ 25 000 plants par hectare, à 80 cm entre lignes et 50 cm sur la ligne, ou 26 666 plants/ha en lignes jumelées selon l’Université d’Abomey-Calavi.

Le concombre se vend-il à l’export depuis le Sénégal ?

Il ne figure pas parmi les principaux produits horticoles exportés, dominés par le haricot vert, le melon, la tomate cerise et le maïs doux. C’est surtout une culture pour le marché intérieur, notamment autour de Dakar.

Sources

Pour aller plus loin

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