La culture de la banane plantain au Sénégal reste marginale : les statistiques et les travaux publiés sur la filière banane sénégalaise (ARM, ISRA, presse nationale) portent sur la banane dessert, et nous n’avons trouvé aucun chiffre public sur la production de plantain. Cette page dit donc franchement ce qui est possible : le plantain peut se cultiver au Sénégal, mais uniquement sous irrigation complète, dans les zones où la banane dessert irriguée a déjà fait ses preuves, autour de Tambacounda, Kolda et Sédhiou. Repères clés : un besoin en eau qui peut atteindre 2 200 mm par an en zone tropicale sèche (FAO), une pluviométrie locale de 600 à 1 200 mm, et un cycle d’environ 12 mois.
Le marché du plantain au Sénégal n’est pas documenté par des statistiques publiques. Avant de planter un hectare, il faut donc vérifier la demande auprès des acheteurs, disposer d’un forage ou d’un accès au fleuve, d’une irrigation fiable, et commencer par une parcelle d’essai.
Le contexte : une filière banane dessert en plein essor
| Indicateur (banane dessert) | Valeur publiée | Source |
|---|---|---|
| Production nationale | 48 000 t en 2022 ; environ 105 000 t en 2025 ; environ 112 500 t estimées pour 2025 | ISRA (2025) ; ARM via Le Soleil (2025) ; FreshPlaza (2026) |
| Part de Tambacounda | Environ 80 % de la production | ARM ; ISRA |
| Autres zones | Kolda et Sédhiou (Casamance), en plus faibles volumes | ARM via Le Soleil (2025) |
| Importations | Plus de 55 % des besoins en 2021, moins de 20 % en 2025 ; gel des importations de septembre à décembre 2025 | FreshPlaza (2026) |
| Prix bord champ | 275 FCFA/kg relevé à Dakar en 2026 | FreshPlaza (2026) |
Ces chiffres ne concernent pas le plantain, mais ils montrent deux choses. Le bananier (Musa) se cultive avec succès sous irrigation dans l’Est et le Sud du pays. Et la filière bénéficie d’un appui de l’ISRA (vitroplants, essais variétaux) dont un projet de plantain peut profiter. Pour la Casamance côtière (Ziguinchor), nous n’avons trouvé aucune donnée publiée sur le bananier ou le plantain. En 2010 déjà, le Sénégal était le premier importateur de bananes d’Afrique de l’Ouest, avec 16 450 t, selon la synthèse de l’Université de Washington (EPAR).
Le climat sénégalais face aux exigences du plantain
Le plantain est une plante de zone forestière humide. La FAO situe la croissance correcte des bananiers entre 16 et 38 °C, avec au moins 60 % d’humidité relative. En culture pluviale, il faudrait 2 000 à 2 500 mm de pluie bien répartie ; en zone tropicale sèche, les besoins atteignent 2 200 mm par an, à fournir par l’irrigation.
Dans la région de Tambacounda, une étude publiée en 2019 (Faye et al.) situe la zone soudanienne entre 600 et 1 200 mm de pluie par an, avec une saison des pluies de juin à octobre et un mois d’août le plus arrosé. De mars à mai, les maximales dépassent souvent 40 °C. Deux conséquences pour le plantain :
- L’irrigation doit être complète, pas seulement d’appoint, pendant les sept mois de saison sèche. Dans le nord de la Côte d’Ivoire, à Korhogo (1 190 mm de pluie), environ 85 % des plants non irrigués sont morts dans l’essai de l’Université Peleforo Gon Coulibaly (2024). Sous 1 000 mm de pluie par an, les pertes de rendement peuvent atteindre 80 %, selon les mêmes auteurs.
- La chaleur de mars à mai dépasse le seuil de croissance correcte donné par la FAO. Caler la plantation pour que la floraison et le remplissage ne tombent pas en pleine saison chaude devrait limiter les pertes. Une haie brise-vent aide aussi : la FAO note des pertes au-delà de 4 m/s de vent.
Les crues sont l’autre risque. En 2003, des pluies de 1 066,7 mm à Tambacounda ont détruit 747 ha de bananeraies dans les villages de Sankagne, Nguène et Adiaf, selon la même étude. Évitez les bas-fonds inondables pour une culture pérenne comme le plantain.
Faisabilité sous irrigation : ce qu’il faut prévoir
L’eau
Le plantain consomme environ 5 mm d’eau par jour, et la FAO donne jusqu’à 5 à 6 mm par jour au pic. Le meilleur régime de l’essai de Korhogo, comparable au climat soudanien, était de 15 litres par pied, cinq fois par semaine. Le CNRA, en Côte d’Ivoire, apportait 7 mm par jour au goutte à goutte, cinq fois par semaine. La FAO recommande de ne pas laisser le sol perdre plus de 35 % de sa réserve utile, et d’irriguer tous les 3 jours sur sol léger en forte évaporation.
Le bananier tolère très mal le sel : la FAO indique une conductivité de l’extrait de sol inférieure à 1 dS/m. Faites analyser l’eau du forage ou du puits avant d’investir. Le goutte à goutte est la solution la plus économe ; associé à un pompage solaire, il réduit le coût de l’eau en saison sèche. Notre article sur le pompage solaire d’une plantation de plantain détaille l’entretien, et notre guide du filtre d’irrigation goutte à goutte aide à choisir la filtration selon la source.
Le matériel de plantation
Aucune variété de plantain testée par l’ISRA n’a été trouvée dans nos recherches. L’ISRA a toutefois produit 40 400 vitroplants en 2024, toutes espèces confondues (banane, patate douce, manioc, ananas et essences forestières), et promeut à Tambacounda une variété de banane, Asdia, annoncée à plus de 54 t/ha. Pour le plantain, deux options :
- importer des vivoplants de cultivars connus (Corne 1, Orishele, ou hybrides PITA 3 et FHIA 21 diffusés par le CNRA en Côte d’Ivoire), en respectant les règles phytosanitaires d’importation ;
- produire ses plants par la technique PIF (plants issus de fragments de tiges) mise au point au CARBAP, à partir de rejets sains : comptez 12 à 18 semaines selon le manuel de l’IITA.
Le choix de l’hybride a du sens au Sénégal : FHIA 21 a porté des régimes de 23,7 kg sous irrigation à Korhogo, contre 10,8 kg pour Corne 1.
Itinéraire de la culture de la banane plantain au Sénégal
Densité et plantation
L’essai irrigué de Korhogo a été conduit à 1 667 plants/ha (3 m × 2 m). Le CNRA a aussi obtenu de bons rendements à 2 500 plants/ha en zone forestière, mais une densité plus faible réduit les besoins en eau par hectare. Pour une première parcelle, 1 667 plants/ha est un point de départ raisonnable. Trous de 40 × 40 × 40 cm (CNRA), enrichis de matière organique.
Fertilisation
Sur sol léger, fractionnez les apports. Repères publiés :
| Essai | Programme par pied |
|---|---|
| Korhogo, irrigué (2024) | 50 g de NPK 15-15-15 par mois |
| CNRA, Tiassalé (2021) | Fond : dolomie et phosphate tricalcique ; puis 22 g d’urée et 55 g de chlorure de potassium par mois jusqu’à la floraison |
Sous goutte à goutte, ces apports mensuels peuvent passer par le réseau. Voir notre guide de la fertirrigation.
Ravageurs et maladies
Le climat sec limite la cercosporiose noire, une maladie favorisée par l’humidité : l’essai de Korhogo n’en a relevé aucun symptôme, ni de charançon. Ne relâchez pas la vigilance pour autant :
- le charançon du bananier voyage avec les rejets infestés ; les plantains sont le groupe le plus sensible (INIBAP). Parez les rejets et, à défaut de vivoplants, trempez-les 20 à 30 secondes dans l’eau bouillante (IITA) ;
- les nématodes s’installent dans les parcelles replantées avec de vieux rejets : le CNRA cite des pertes de 30 à 75 % ;
- sous irrigation par aspersion, le feuillage mouillé favorise les maladies : préférez le goutte à goutte.
Tout traitement doit utiliser un produit homologué au Sénégal, avec équipement de protection et respect des délais avant récolte.
Récolte et marché
Dans l’essai irrigué de Korhogo, le cycle a duré de 386 jours (FHIA 21) à 400 jours (Corne 1), soit environ 13 mois. En zone forestière, le CNRA récolte vers 12 mois, environ 80 jours après la floraison. Comptez donc un an sans recette avant le premier régime.
Pour la vente, aucune donnée de prix du plantain au Sénégal n’a été trouvée. Avant de planter, enquêtez auprès des grossistes des marchés urbains sur les volumes, la provenance actuelle du plantain et les prix selon la saison. La filière banane dessert fixe un repère : 275 FCFA/kg bord champ en 2026, avec une fenêtre de production nationale de juillet à décembre (FreshPlaza).
Qui contacter au Sénégal ?
- ISRA : Centre de recherches agricoles de Tambacounda (CRAT) et production de vitroplants.
- CDH (Centre pour le développement de l’horticulture, ISRA) : recherche horticole dans la zone des Niayes.
- ANCAR : conseil agricole et rural.
- ARM (Agence de régulation des marchés) : suivi de la filière banane et des importations.
Questions fréquentes
La culture de la banane plantain au Sénégal est-elle possible ?
Oui, mais seulement sous irrigation complète. La pluviométrie de 600 à 1 200 mm de la zone soudanienne est loin des 2 000 à 2 500 mm qu’exige une culture pluviale selon la FAO.
Où planter le plantain au Sénégal ?
Là où la banane dessert irriguée réussit déjà : Tambacounda, qui fait environ 80 % de la production nationale, puis Kolda et Sédhiou. Évitez les bas-fonds inondables.
Combien d’eau faut-il pour un hectare de plantain au Sénégal ?
Jusqu’à 2 200 mm par an en zone tropicale sèche selon la FAO, soit environ 22 000 m³ par hectare. Le goutte à goutte limite les pertes.
Quelle variété de plantain choisir au Sénégal ?
Aucune variété n’a été testée par l’ISRA à notre connaissance. Sous irrigation à Korhogo, l’hybride FHIA 21 a porté des régimes deux fois plus lourds que Corne 1.
Combien de temps dure la culture du plantain au Sénégal ?
Environ 12 à 13 mois jusqu’au premier régime sous irrigation, d’après les essais ivoiriens. Il faut prévoir un an sans recette.
Existe-t-il un marché pour le plantain au Sénégal ?
Aucune statistique publique n’a été trouvée. Faites une étude de marché auprès des grossistes urbains avant d’investir.
Vous étudiez la culture de la banane plantain au Sénégal sur forage ou en bordure de fleuve ? Contactez nos ingénieurs pour dimensionner le pompage solaire et le goutte à goutte d’une parcelle d’essai.
Sources
- FAO. Informations sur les cultures : banane. Consulter
- ISRA (2025). La Lettre de l’ISRA n° 22. Consulter
- Ndarinfo, APS (2024). L’ISRA annonce l’introduction d’une nouvelle variété de banane à Tambacounda. Consulter
- Le Soleil, via AllAfrica (2025). Filière banane : 105 000 tonnes produites au pays. Consulter
- FreshPlaza (2026). Senegalese banana sector targets self-sufficiency after import ban. Consulter
- Faye M. et al. (2019). Évolution pluvio-thermique de 1950 à 2013 au Sénégal oriental : cas de la région de Tambacounda. Int. J. Adv. Res. Consulter
- Kouadio N. C. A. C. et al. (2024). Régime hydrique et bananiers plantain au nord de la Côte d’Ivoire. Université Peleforo Gon Coulibaly. Consulter
- Vawa O. S. T. et al. (2021). Performance économique de la replantation annuelle du plantain. European Scientific Journal, CNRA. Consulter
- N’Guetta A. et al. (2015). Densité de plantation et rendement du bananier plantain. Agronomie Africaine, CNRA. Consulter
- Cauthen J. et al. (2013). Banana and Plantain Value Chain: West Africa. EPAR, University of Washington. Consulter
- Njukwe E. et al. Macropropagation of banana and plantain. IITA. Consulter
- Coyne D. L. et al. Boiling water treatment for nematode and banana weevil management. IITA. Consulter
- Gold C. S. et Messiaen S. (2000). Le charançon du bananier. INIBAP. Consulter
Pour aller plus loin
- Fiche technique de la culture de la banane plantain : l’itinéraire complet, établi pour les zones de production d’Afrique de l’Ouest et du Centre.
- Agriculture au Sénégal : filières, cultures et défis climatiques : le contexte des cultures irriguées dans le pays.
- Banane plantain ou banane : différences : pour ne pas confondre le plantain et la banane dessert produite à Tambacounda.


