La culture du poivron au Sénégal trouve son terrain naturel dans les Niayes, la bande côtière entre Dakar et Saint-Louis, où la saison sèche fraîche offre des températures proches de l’optimum de la plante. Les repères à retenir : une saison sèche d’environ 9 mois qui permet deux cycles maraîchers, une fumure de référence du CDH de 25 t/ha de fumier de bovin et 300 kg/ha d’engrais 10-10-20, et des rendements de 19,5 à 32,5 t/ha obtenus par l’ISRA avec la variété Yolo Wonder à Mboro. Ce guide adapte notre fiche technique de la culture du poivron au contexte sénégalais.
La culture du poivron au Sénégal en résumé
| Repère | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Zone principale | Niayes, bande côtière Dakar–Saint-Louis d’environ 10 km de profondeur | Mademba-Sy, 1989 |
| Saison sèche | De novembre à mai ; environ 9 mois et deux cycles maraîchers | Mademba-Sy, 1989 ; Diatte et al., 2016 |
| Température optimale du poivron | 21 à 24 °C | AVRDC |
| Variété testée | Yolo Wonder | ISRA, 2017 |
| Fumure de référence | 25 t/ha de fumier de bovin et 300 kg/ha de 10-10-20 | CDH, cité par l’ISRA |
| Densité | Environ 26 700 plants/ha | AVRDC |
| Rendement mesuré | 19,5 t/ha avec la fumure CDH ; 32,5 t/ha avec 20 t/ha de compost | ISRA, 2017 |
Les Niayes, zone de choix pour la culture du poivron au Sénégal
Les Niayes forment une bande côtière d’une dizaine de kilomètres de profondeur entre Dakar et Saint-Louis. Selon une étude publiée dans la revue Fruits, la saison sèche y dure de novembre à mai, les alizés du nord-ouest y apportent un air plus frais et plus humide, et la rosée tombe environ 60 nuits par an. À la station de Cambérène, les moyennes mensuelles vont d’environ 20 °C pendant les mois frais à environ 28 °C pendant les plus chauds ; les minimales les plus basses sont relevées en janvier et février, les maximales les plus fortes en septembre et octobre.
Ce climat convient bien au poivron, dont le World Vegetable Center (AVRDC) situe l’optimum entre 21 et 24 °C et dont la croissance ralentit au-delà de 27 °C prolongés. Des chercheurs de l’UCAD et de l’ISRA décrivent une saison sèche d’environ 9 mois dans les Niayes, qui permet deux cycles maraîchers. L’ISRA dispose d’un Centre pour le développement de l’horticulture (CDH) avec une station à Sangalkam, au cœur de la zone.
Ailleurs, dans la vallée du fleuve Sénégal ou à l’intérieur du pays, loin de l’influence des alizés, la fenêtre favorable se réduit aux mois les plus frais, avec irrigation, ou passe par un abri ombré.
Calendrier de culture dans les Niayes
Pour la culture du poivron au Sénégal, le meilleur créneau vise une récolte pendant les mois les plus frais :
- Pépinière en octobre, à la fin de l’hivernage, sous filet pour protéger les plants des dernières pluies et des insectes vecteurs de virus.
- Repiquage environ 4 semaines après le semis (AVRDC), soit début novembre, au début de la saison sèche.
- Récolte en vert à partir de 65 à 75 jours après repiquage (UF/IFAS), c’est-à-dire en janvier, en pleine période fraîche.
Un second cycle reste possible en fin de saison sèche, mais il se termine quand les températures remontent. En hivernage, la pluie et la chaleur humide favorisent les maladies : la culture devient risquée sans abri.
Variétés
La variété la plus documentée dans les Niayes est Yolo Wonder, utilisée par l’ISRA dans son essai de fertilisation à Mboro. Ses fruits y ont pesé en moyenne 60 à 95 g selon la fumure et le rang de récolte. Pour le reste, choisissez parmi les variétés disponibles chez les distributeurs agréés, en regardant les résistances indiquées sur le sachet : virus transmis par les pucerons, tobamovirus, Phytophthora, nématodes. Testez toute nouvelle variété sur quelques planches avant de l’étendre.
Sol, eau et vent : les trois contraintes des Niayes
Sols sableux
Le poivron préfère un sol qui retient bien l’eau, de pH 5,5 à 6,8 (AVRDC) : sur sable, la matière organique joue ce rôle de réserve. Ne replantez pas le poivron après une tomate, une aubergine, un piment ou une pomme de terre, qui partagent ses maladies du sol.
Eau de puits et salinité
L’irrigation se fait à partir de puits et de forages. Or le poivron est sensible au sel : la FAO ne compte aucune perte jusqu’à 1,5 dS/m, mais 10 % de perte à 2,2 dS/m, 25 % à 3,3 dS/m et 50 % à 5,1 dS/m. Près de la mer, faites analyser l’eau avant de choisir la parcelle. La FAO estime les besoins du poivron à 600 à 900 mm ; ne laissez pas le sol perdre plus de 25 % de sa réserve utile en début de floraison. Sur sable, cela suppose des apports fréquents et réguliers, que seul un système goutte à goutte assure sans gaspillage. Pour le pompage, voir notre article pompe solaire ou motopompe, transposable au poivron.
Vent
Le vent dessèche les jeunes plants, casse les tiges et le sable soulevé crée des taches nécrotiques ; l’Université d’État du Nouveau-Mexique (NMSU) recommande des brise-vent. Dans les Niayes, une haie ou un filet brise-vent autour de la parcelle et un tuteurage des plants chargés de fruits, que l’AVRDC juge nécessaire pour la plupart des variétés, limitent ces dégâts.
Fumure du poivron au Sénégal
La recommandation du CDH, prise comme témoin par l’ISRA, associe 25 t/ha de fumier de bovin et 300 kg/ha d’engrais 10-10-20. L’essai de Mboro montre ce que la matière organique ajoute :
| Fumure | Rendement du poivron (Yolo Wonder) |
|---|---|
| Recommandation CDH (fumier + 10-10-20) | 19,5 t/ha |
| Compost neem-anacarde, 10 t/ha | 22,8 t/ha |
| Compost neem-anacarde, 20 t/ha | 32,5 t/ha |
| Compost neem-anacarde, 30 t/ha | 28,5 t/ha |
Source : Ngom et al., 2017 (ISRA, UCAD), quatre récoltes espacées de 7 jours. Le compost a été apporté une seule fois en fumure de fond.
L’AVRDC donne un repère de besoins complémentaire : pour 28 t/ha, 175 kg d’azote, 100 kg de phosphore et 160 kg de potassium par hectare sur sol sans réserve, à fractionner (40 % de l’azote en fond, le reste à 2, 4 et 6 semaines). Sur sable, le fractionnement est encore plus important, car l’azote est vite lessivé ; la fertirrigation au goutte à goutte permet des apports hebdomadaires. Évitez l’excès d’azote, qui favorise la nécrose apicale (UF/IFAS).
Densité de plantation
L’AVRDC plante sur planches de 1,5 m portant deux lignes espacées de 50 cm, avec 50 cm entre plants, soit 26 670 plants par hectare et environ 206 g de semences. La FAO donne une fourchette générale de 0,9 m entre lignes et 0,4 à 0,6 m sur la ligne. Sur les sols sableux à plat des Niayes, la ligne double sur planche facilite le goutte à goutte, avec une gaine par ligne.
Poivron sous serre au Sénégal
Les serres progressent au Sénégal : un projet privé de serres de tomate annonçait en 2026 16 hectares en production et un objectif de 30 hectares (Hortidaily). Pour le poivron, l’abri sert à produire des fruits colorés de qualité, à protéger la culture du vent et des insectes et à prolonger la saison quand la chaleur revient. L’Université de Floride (UF/IFAS) recommande en conditions chaudes une bonne ventilation et environ 30 % d’ombrage, car la surchauffe fait avorter les fleurs. La conduite hors sol, souvent associée à la serre, est détaillée dans la fiche principale et dans notre guide des serres agricoles en Afrique tropicale.
Maladies et ravageurs
Dans les Niayes, les recherches de l’ISRA-CDH portent surtout sur la tomate, attaquée notamment par le virus des feuilles jaunes en cuillère (TYLCV) transmis par les aleurodes. Le poivron, autre solanacée, partage une partie de ces ennemis. L’AVRDC cite pour le poivron :
- Pucerons, qui transmettent le virus Y et le virus de la mosaïque du concombre ;
- Thrips et acarien tarsonème, qui enroulent les feuilles et rendent les fruits liégeux ;
- Anthracnose et gale bactérienne, favorisées par l’humidité et l’arrosage sur le feuillage ;
- Phytophthora et flétrissement bactérien sur sols mal drainés ;
- Tobamovirus, transmis par contact et par les semences.
La base est la lutte intégrée : pépinière sous filet, désherbage des abords, rotation hors solanacées, inspection deux fois par semaine (AVRDC), élimination des plants viroses. N’utilisez que des produits homologués par le Comité sahélien des pesticides, avec équipement de protection, et respectez les délais avant récolte : le poivron se récolte chaque semaine.
Récolte, marché et rendement
À Mboro, l’ISRA a réalisé quatre récoltes à 7 jours d’intervalle. Avec 20 t/ha de compost, elles ont donné successivement 11,3, 8,9, 6,9 et 7,8 t/ha : la première cueillette pèse le plus, et le poids moyen des fruits baisse ensuite. Cueillez au couteau, le matin, et gardez les fruits à l’ombre. Le poivron se conserve à 7 °C et 90 à 95 % d’humidité pendant 2 à 3 semaines (USDA).
Les rendements mesurés à Mboro, de 19,5 à 32,5 t/ha, dépassent la fourchette de 10 à 15 t/ha que la FAO donne pour une culture irriguée commerciale. Ils montrent le potentiel de la culture du poivron au Sénégal en saison fraîche, dans les Niayes, quand la fumure organique est suffisante. Nous n’avons pas trouvé de prix du poivron daté et publié par une source officielle sénégalaise : relevez les prix de gros sur vos marchés cibles avant de calculer la rentabilité.
Qui contacter au Sénégal
- ISRA / CDH : recherche horticole, recommandations de fumure et essais variétaux.
- ANCAR : conseil agricole et rural de proximité.
- Universités Cheikh Anta Diop de Dakar et de Thiès, qui conduisent des travaux sur le maraîchage des Niayes.
Questions fréquentes
Quand planter le poivron au Sénégal ?
Dans les Niayes, semez la pépinière en octobre et repiquez en novembre pour récolter à partir de janvier, pendant les mois les plus frais de la saison sèche.
Où cultiver le poivron au Sénégal ?
Surtout dans les Niayes, la bande côtière entre Dakar et Saint-Louis, dont le climat de saison sèche est plus frais que celui de l’intérieur du pays.
Quelle variété de poivron au Sénégal ?
Yolo Wonder est la variété utilisée par l’ISRA dans ses essais à Mboro. Les autres variétés sont disponibles chez les distributeurs agréés ; privilégiez celles qui affichent des résistances aux virus.
Quel engrais pour le poivron au Sénégal ?
Le CDH recommande 25 t/ha de fumier de bovin et 300 kg/ha d’engrais 10-10-20. À Mboro, 20 t/ha de compost ont donné un meilleur rendement que cette fumure.
Quel rendement pour un hectare de poivron au Sénégal ?
L’ISRA a mesuré 19,5 t/ha avec la fumure CDH et jusqu’à 32,5 t/ha avec 20 t/ha de compost, en quatre récoltes, avec la variété Yolo Wonder à Mboro.
Peut-on cultiver le poivron sous serre au Sénégal ?
Oui, à condition de bien ventiler et d’ombrer d’environ 30 %, car la chaleur fait tomber les fleurs. La serre permet surtout de produire des poivrons colorés et d’allonger la saison.
Vous lancez une parcelle de poivron irriguée dans les Niayes ou un projet sous serre ? Contactez nos équipes pour le dimensionnement du forage, du goutte à goutte et de l’abri.
Sources
- Ngom S. et al. (2017). Efficacité agronomique de composts à base de neem et d’anacarde sur les cultures maraîchères dans les Niayes du Sénégal. Agronomie Africaine 29(3). ISRA, UCAD. Consulter l’article
- Mademba-Sy F. (1989). Comportement de six variétés d’agrumes dans la zone des Niayes au Sénégal. Fruits 44(4). Consulter l’article
- Diatte M., Brévault T., Sall-Sy D. et Diarra K. (2016). Des pratiques culturales influent sur les attaques de deux ravageurs de la tomate dans les Niayes au Sénégal. Int. J. Biol. Chem. Sci. 10(2). Consulter l’article
- Camara M. et al. (2013). Productivité et sensibilité de variétés de tomate au TYLCV (ISRA-CDH, Sangalkam). Int. J. Biol. Chem. Sci. 7(6). Consulter l’article
- Hortidaily (2026). Senegal targets tomato self-sufficiency with 30-hectare greenhouse project. Consulter l’article
- FAO. Crop Information: Pepper. Consulter la fiche
- Berke T. G. et al. Suggested Cultural Practices for Field Cultivation of Sweet Peppers. AVRDC. Consulter le document
- Goldberg N. P. (2004). Chile Pepper Disorders Caused by Environmental Stress. NMSU. Consulter la publication
- UF/IFAS. Pepper Production ; Production of Greenhouse-Grown Peppers in Florida ; Blossom-End Rot in Bell Pepper. Consulter la publication ; guide serre ; nécrose apicale
- González-Aguilar G. A. Pepper. USDA Agriculture Handbook 66. Consulter le document
Pour aller plus loin
- Fiche technique de la culture du poivron : l’itinéraire complet, de la pépinière à la conservation, et la culture hors sol sous serre.
- Agriculture au Sénégal : filières, cultures et défis climatiques : le contexte horticole et hydrique du pays.
- Pompe solaire ou motopompe pour une parcelle maraîchère : la méthode de dimensionnement vaut pour le poivron des Niayes.


